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Deux femmes courant sur la plage - Picasso
               

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Ma guichetière


Dimanche 5 novembre 2006 7 05 /11 /Nov /2006 02:51

J'ai chaussé mes lunettes de soleil et suis sortie pour 1h00 de pause bien méritée. Elle était là, de profil à moi, le visage tourné vers le soleil. Mon ventre s'est noué. J'hésitais une seconde puis m'approchais d'elle. "J'habite à 2 stations de bus ou 10 mn à pied. Il y a un pub irlandais juste à côté. Ca vous dit ?". Elle a acquiessé. J'ai choisi le métro, c'était plus rapide. En descendant les escaliers pour accéder au quai, je n'ai pas pu m'empêcher de lui mettre une main sur l'épaule. Elle était une marche devant moi et au contact, elle s'est retournée. Elle m'a sourit. Moi pas, trop troublée.
Nous avons légèrement conversé dans le métro. Je lui posais des questions sur sa profession. Elle a éclaté de rire quand je lui demandais si elle en vivait "la conjoncture me dit-elle, il paraît que c'est la conjoncture. Moi je crois qu'on a pas besoin de nous. On gratouille là où au départ l'infection n'est pas visible. Nous sommes les Chikungougnia de l'épiderme social. Et dire que c'est la conjoncture....".

Nous sommes sorties étonnées du métro, il y avait une averse. J'ai dit "Le pub est à deux rues d'ici". Elle m'a dit "Et chez vous ?" J'ai dit "C'est à côté". Alors elle m'a sourit "Allons plutôt chez vous". J'ai dit d'accord.

Par Lanac Diame - Publié dans : Ma guichetière
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Samedi 4 novembre 2006 6 04 /11 /Nov /2006 02:51

Je prenais un vrai bain de soleil quand elle est arrivée. Je ne l'ai pas sentie venir, étant bien trop absorbée par un rayon de chaleur goulu. Elle me proposa un verre dans un pub pas loin de chez elle, à dix minutes à pied. Vas pour le pub. Finalement on a pris le métro. Il y avait une station, le temps que je pique un fou rire quand elle m'a demandé si je vivais de la vidéo... Mais oui bien sur, 508h par an pour les assedics dans les années fastueuses... Ironie quand tu nous tiens !

En descendant les marches dans le métro, j'ai senti sa main sur mon épaule. Ca m'a traversé la colonne vertébrale, de haut en bas puis de bas en haut. Je l'ai regardé au risque de me casser la figure. Putain qu'elle est belle.

Lorsque nous sommes sorties du métro, surprise ! il pleuvait de ces eaux bienfaisantes qui vous rafraîchissent les idées sans rien altérer de vos sens. J'ai fait deux pas de danse sous la pluie et j'ai osé "et si on allait plutôt chez vous ?". J'avais envie d'intimité.

Par Lanac Diame - Publié dans : Ma guichetière
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Samedi 28 octobre 2006 6 28 /10 /Oct /2006 09:29

J'ai rencontré Zoé par une très belle journée de printemps. Je m'en souviens car, lorsque je levais les yeux de mon guichet, que mon regard se portait plus loin que la foule des clients, plus loin que la ligne bleue des vosges, alors je voyais un franc soleil s'engouffrer par les baies vitées.  Les gens étaient moins stressés, moins nerveux et pourtant il y avait encore plus de monde. Les vacances approchaient et il fallait jongler entre les destinations à tarifs préférentiels, les billets de congés payés, les reflexions douces-amères quand au prix de la place du chien bref : une journée habituelle avec une pointe de 10% de clientèle en plus.

Il me restait environ deux clients à prendre avant ma pause déjeuner. Je sonnais et vis arriver la baroudeuse par excellence : une trentaine d'années, assez grande, musclée (je remarque tout de suite qu'elle ne porte pas de soutien-gorge et que vraiment, elle n'en a pas besoin.) Son bronzage est mis en valeur dans un  pantalon noir en toile légère et un haut blanc dentellé avec de très fines bretelles. Je ne sais pas si c'est la coupe mais on dirait qu'elle n'a pas coiffé ses cheveux bouclés, mi-longs, châtain clair, illuminés par de longs reflets blonds. Elle s'approche en continuant sa lecture et inévitablement se cogne dans quelqu'un. Un "oh pardon" surpris presque étonnée qu'il y ait du monde.
C'est une fois arrivée qu'elle referme le livre en se servant du ticket comme marque-page. Elle le pose sur le comptoir et sans même lever les yeux "Je voudrais un billet pour Bruxelles s'il vous plaît mais carrément pas cher et le plus tôt possible". Alors j'ai rivé mon regard sur mon écran et d'une voix sèche "Bonjour !! Vous voulez partir quand ?". Elle s'est excusée immédiatement, m'a salué, et pendant que je parcourais horaires et prix, m'a raconté pourquoi elle montait à Bruxelles. De fait, elle allait rencontrer la filleule d'une femme qu'elle connaissait uniquement par Internet et qui venait de faire un infarctus. Elle m'explicait qu'elle travaillait dans la vidéo et qu'elle prenait sa caméra étant très émue de ce voyage, désirant filmer cette aventure si particulière. Je l'écoutais, l'histoire était peu banale, et profitais d'un temps pendant lequel elle respira pour lui annoncer que j'avais son billet. Alors elle leva la tête. Je vis d'abord son grand front parcouru d'une mèche belliqueuse. Puis plus bas, ses sourcils blondis, ses yeux noisettes, le bout de son nez qui bougeait quand elle parlait et ses lèvres ourlées, rouges comme une rose veloutée et voluptueuse. Elle avait cette envie si forte de bouffer la vie par les deux bouts. Elle était passionnée, volcanique.

Elle leva la tête et nos yeux se sourirent. Elle sembla me voir, eut un léger mouvement de tête sur le côté, comme pour approuver la rencontre. Je m'entendis lui dire "Je finis dans 5mn, vous continuez à me raconter en prenant un café ?". Elle répondit d'accord, qu'elle m'attendrait dehors.

Machinalement j'ai appuyé sur "Fermé". Je me suis dirigée vers les toilettes. Après m'être lavées les mains, je me suis arrêtée dans la glace. J'y ai vu une femme de bientôt quarante ans, les cheveux bruns en carré court, méché sur les joues pour souligner la symétrie de mon visage. D'abord la ligne des sourcils se finissant finement à l'aube de la paupière, mes cils très bruns, naturellement longs, mes yeux verts pouvant virer au noir lorsque la colère me prenait, heureusement fort rarement. J'ai un nez fin, proportionné. Le bas du visage est résolu sans trop en faire. Bouche dont j'accentue très légèrement le contour de la lèvre supérieure, la faire plus tentante. Je me sais d'un physique agréable mais n'en tiens que partiellement compte. Je n'en joue pas pour être tout à fait claire.
Mon image s'est diluée pour laisser apparaître la jeune fille du guichet. J'ai senti un léger fléchissement dans les genoux, articulations cotonneuses. Je me suis redressée et calée contre le lavabo le temps de me reprendre, j'ai dit pour moi "Mais qu'est ce que tu fais Emma ?". Jamais je n'avais ressenti une telle attirance pour une fille. D'ailleurs je n'avais jamais rien ressenti d'autre que des affectifs tout à fait normalisés tour à tour fille, femme, mère, amie puis à nouveau femme tout en étant mère tout en restant amie ou pas (divorce divorce).
Alors quoi ? Femme ?? Oui, envie d'être une femme avec une autre femme. Ressentir quelque chose d'autre.

Par Lanac Diame - Publié dans : Ma guichetière
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Vendredi 27 octobre 2006 5 27 /10 /Oct /2006 14:17

Je vous ai évoqué une rencontre "phéromonale" avec ma guichetière. Voilà l'histoire du 1er contact :

Je vais donc à la gare pour acheter un billet Paris - Bruxelles. Je suis en forme, le coeur un peu lourd de soucis pécuniers mais en forme. Au diable l'avarice, je vais enfin rencontrer Lanac. Ma carte bleue ayant déjà fusillé tous mes retraits possibles, il ne me reste qu'à faire un chèque ce qui explique que je sois dans l'obligation de me taper la salle d'attente, et j'attends. Au bout de jenesaismêmepascombien de minutes, mais je m'en fiche parce que je suis plongée dans le livre de Céline Minard "La Manadologie", bouquin génial de science-passifictionqueça, vision très aristoticienne des mondes sensibles, (livre super, vraiment, aux Editions M.F.) le ticket 302 s'affiche malicieux. 

Me voilà sous les narines de la guichetière a lui expliquer que je veux le billet ,"le moinnnnns cher !" Guichetière !! Et elle de tapoter sur son clavier ! Je rumine, je suis impatiente de reprendre ma lecture, et tout à coup elle me dit : "ça y est j''ai trouvé !". Déjà je l'aime ma guichetière ! Et vous savez quoi ? Pas un instant je ne l'ai regardé !! Et puis j'ai levé les yeux... qu'elle est attirante : de ces beautés sauvages, souvent brunes, (elle est brune) qui vous ravissent l'intégralité de vos sens... J'ai la gorge qui se noue, je sens le rouge me traverser le visage à la vitesse du son, un tsunami de bouffées de chaleur me fait flageoler. Je m'aggrippe d'une main au comptoir, l'autre déjà en position fléchie afin de tomber sans autres dégâts qu'une fracture du poignet, ma vue se brouille, je vais faire une rupture d'anévrisme c'est sûr... Elle se précipite et dans un dernier souffle je lui murmure..."hargggg, vous êtes si belle"

Nan, c'est pas vrai. En réalité, le temps qu'elle imprime les billets, je lui avais raconté ma vie et en 5 mn, elle se déridait et souriait. Je lui parlais de mon improbable rencontre avec Lanac (à ce moment là, les médecins ne se prononçaient pas sur un pronostic vital). Je me persuadais, en lui racontant, que j'étais sûre de prendre la bonne décision en allant rencontrer Emilie. Je m'enflammais en lui disant que je ressentais ce besoin d'objectiver en sentant, touchant, connaissant l'environnement de Lanac comme pour satisfaire ce qui manque le plus à une relation virtuelle : la matérialisation, le sensible. Bref, je parlais je parlais, derrière moi ça grognait, et alors que totalement débridée, je discourais, ma guichetière se penche légèrement vers moi_ instinctivement je me redresse _ "Je finis dans 5mn, vous continuez à me raconter en prenant un café ?".
Comment ? Une femme aussi attirante me propose un café ? Arrêt. Image. Je souris. "D'accord. Je vous attends dehors".

J'ai fait mon chèque, suis sortie, ai allumé une cigarette. J'ai levé mon visage vers le soleil et j'ai attendu.

 

Par Lanac Diame - Publié dans : Ma guichetière
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