Ce soir j'ai vu un docu magnifiquement réalisé sur comment une résidence vendue en 1970 comme un havre de paix, devient la cité de la
Commanderie qui a viré au cauchemar social et humain. Les échecs des différents gouvernements de De Gaulle à Chirac sans omettre Mitterand, tout était passé au crible pour annoncer une cité
de non droits.
Au démarrage un clip vidéo sur un groupe de rappeurs chauds bouillants qui crèvent l'écran à grands coups, bin de rap, pur, dur, exigeant. Images des barres d'immeubles, pas bien hautes, 4-5
étages sur quelques rangées. Des immeubles délabrés que des promoteurs véreux ont laissé tomber avec un maximum de vices de fabrication et puis, de fil en aiguille, des populations de plus
en plus pauvres, de plus en plus désocialisées voire pas socialisées du tout. L'engrenage, les gamins en bas qui se construisent en bandes, en clans, en violence. Guerre de gangs, bastonnades,
morts. L'engrenage.
Sur tout ça veille la gardienne, ancienne infirmière en psy, qui les connaît bien les gamins, les gamins qui deviennent des ados qui font des conneries, graves, qui les conduisent en prison,
irrémédiablement. On ne sait pas pourquoi elle est passée de la psy à la cité, on s'en fout. Ce qui compte, c'est ce qu'elle est, gardienne en enfer, celle qui sait réparer les petites blessures
humaines, qui sait décanter les conflits, qui sait désamorcer l'accès de violence aveugle quand un habitant pète un câble. Une sacré femme "Ils ne m'ont jamais agressée moi, toujours respectée".
Elle n'a pas fait sciences po., s'exprime avec l'accent local qui mixte usure et tendresse, connaît tout le monde mais parle en n° de barre, n° d'appartement le C5, le B12. Elle promène un
regard désabusé sur l'échec d'une nation qui n'a pas su intégrer sa main d'oeuvre étrangère des années 60, une nation qui s'est royalement plantée !
A la fin du documentaire, tu apprends qu'elle est décédée en 2003, de la canicule. Comme les vieux, comme les pauvres, la chaleur l'a emportée au pays des bonnes âmes, les décomplexés
du diplôme, bien en phase avec notre société, une société toute bancale qui cherche son
chemin.
Tu vois, hier je te parlais de mes potes, mes gueules abimées par le rouleau compresseur du social, mes gentils félins à moi. Ce soir j'ai vu "Chronique de la
violence ordinaire", des loubs qui deviennent des adultes qui montent leur label, qui en veulent. Respect, pas pour avant, pas vraiment, mais pour l'aujourd'hui au jour du film. Et respect pour
cette femme, l'autre versant de la violence ordinaire. Quand l'humanité frappe à la porte !
Tiens, écoute ça
MGS - les contes de la street
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