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Les Innomables, l'emmerdeuse new look
L'emmerdeuse.
Incontournable
L'appartement
de Val. Pour bien comprendre l'emmerdeuse (et vice versa)
Je suis sage de
Glory. Mojitos ?
Soex. Journal d'une
gougnotte
Catherine. D'une voix à l'autre...
Meuh non braves gens nous n'avons pas déserté !! Simplement Lanac a fait un remplacement épuisant et vient tout juste de rentrer sur Paris. Quant à moi j'ai quelques petits évènements à vous relater... Alors demain je m'y colle. Nous vous embrassons, vous souhaitons plein de bonnes choses et tant que j'y pense : nous voici le 9 mai !! 3 jours après avoir voté... Lendemains tristes ou chantant ?? L'avenir nous le dira ! Toujours est il qu'il fait beau en zone libre et grisaille ailleurs, allez savoir ! si le temps s'en mêle et s'emmêle... Allez, que les grises mines retrouvent le sourire et que les souriants ne se départissent pas trop vite de leurs mines hilares. M'enfin, moi ce que j'en dis... Allez, bonne nuit les petit-e-s. Zoé
J'ai retrouvé les filles sur le coup de midi. Emma était partie depuis longtemps, appelée par le devoir matriarcal. Lanac m'a regardé, le sourire au fond des yeux. Suis allée chercher mon plateau et j'ai installé mon coca, mon yaourt et mon orange. Tout ça avalé, j'ai allumé ma 1ère clope et me suis sentie en passe de me réveiller. "Alors comment c'est t-y que ça va bien ?". Louise m'a planté ses yeux verts jaunes dans le fond de mon moi le plus enfoui et m'a dit "Et toi ? ça a l'air d'aller aussi !". Oui j'allais bien ! Nous avions passé une nuit extaordinaire, une nuit durant laquelle tous les plus beaux films d'amour avaient défilé à la vitesse du son.
Ma plus jolie surprise est venue de Lanac à qui j'ai proposé mon bureau chambre d'ami comme pied à terre parisien. Elle a eu son regard si spécifique : les lèvres qui remontent dans un sourire moqueur, les yeux qui se plissent et l'iris qui se marre. " Ca mérite discussion" m'a t-elle dit. Alors nous avons discuté et trouvé un terrain d'entente sur les modalités d'emménagement et de cohabitation. Lanac travaille à la demande sur des contats courts. Elle ne veut plus (et ne peut plus pour cause de fatigue cardiaque) travailler pour un seul établissement aussi est elle très mobile. Elle a un réseau sur tous les pays francophones et souvent est elle partie à droite ou à gauche, au grè de ses humeurs. Puis est venu le "D'accord ! C'est une nouvelle partie de jeu de dames que tu me proposes ?" J'ai pris mon air le plus innocent et j'ai rétorqué "Bin y a tout à gagner : J'en profiterai pour filmer. Il est temps que je reprenne pied avec la réalité et le contrat avec Emilie doit être honoré. Je me sens toute guillerette à l'idée de voir Emilie ce soir... Haaaaa ça fait du bien le printemps !!! avec son florilège de rencontres baignées de soleil, de douce chaleur, inondant le Charlot tranquille qui nous salue d'une rotation sensuelle de sa canne, avant que de s'éclipser dans un dernier sourire." Je mimais en même temps que je slamais les mots mais la tartine de confiture que je tenais en guise de canne est allée direct sur les carreaux, n'oubliant pas dans le choc de s'exploser comme une bombe à fragmentation, pour repeindre les rideaux d'un puissant rouge fraises des bois. J'ai fini de la convaincre !
Depuis tout va bien. Je sors toujours avec la bande de cinglé-es qui m'entoure. Je vois Fred qui s'est ralliée un peu plus souvent à nos soirées déchaînées. Elle me plaît bien cette fille. Elle est rassurante, hyper calme. Elle a un humour renversant et nos échanges en tac o tac nous emmènent dans des fou rires incontrôlables.
Aujourd'hui 1er mai ! Bonne fêtes à toutes celles et ceux qui cherchent du boulot et à très vite cause ce soir on fait l'emménagement de Lanac avec présence de toutes celles qui ont été là depuis 1 an. Emma vient. Je ne l'ai pas vu depuis mon birthday alors je frétille de joie. Ce soir caméra à donf et images, images, images...
J'ai porté le pinceau à ma bouche et pénétré lentement l'antre du silence empli de sons. Le goût de Louise
m'imprègne de couleurs horizontales, irriguant mon intérieur de cieux azuréens parcourus de cumulus blancs, des nuages de beau temps ; l'esquisse d'un tableau à la Kandinski
parcourue de lignes longues et obtuses dans lequel se dessine une porte, abstraction faite d'une courbe en filigrane qui exprime la rondeur d'un sein, celui de Louise peut-être.
Sûrement. Je me re-connecte à ma mémoire olfactive en goûtant son odeur.
J'incline mes 20 centimètres qui séparent mes lèvres de sa bouche. J'ai le sentiment d'être au présent. Je m'en sens convaincue. Combien de temps nous étions nous connues il y a
quatorze ans ? trois, quatre jours ? En combien de temps connaissons nous son autre ? Combien de temps avant que l'effet miroir ne s'interpose entre le jeu et le je tue
le temps ? Combien de temps l'appétit des corps fera t-il fie du temps qui passe, avant que l'aiguille des secondes ne se stabilise, entraînant l'histoire vers d'autres
versants-versions... Le pli et le dépli lacanien, la bobine de fil que l'on déroule méthodiquement entre le moi et toi. Peu importe. Je suis dans l'intervalle.
Je me sens au présent, libre de goûter l'air frais à petits coups de langue. Je savoure le décollage d'un nouveau souffle, mélange pertinent de la mort acceptée, la rupture
en contraste avec le passé enfin digéré. Le temps d'un moment je pose mes valises et j'apprécie de sentir mes bras soulagés, mes épaules soulevées par deux fils bien droit. Ma nuque
est souple, son corps et son esprit également. Nous nous immergeons dans le moment de la réassurance quasi aquatique du désir prégnant.
L'aube se lève, donnant une nouvelle lumière aux double rideaux tirés sur l'extérieur. Je frissonne de plaisirs, mon être assouvi par la gaieté et la tranquillité du moment.
Nous avons convaincue Emma, sans trop de difficultés, de venir prendre un dernier verre nommé pudiquement "verveine". L'ascenceur n'est prévu que pour trois personnes aussi nous sommes nous enquises de savoir qui monterait avec qui. Un certain et perceptible trouble s'empare de nous. Les sourires sont tendus du côté de Emma et Zoé, plus décrispés en ce qui concerne Louise. Quant à moi... je regarde Louise. J'écris des mots.
J'ai très envie de monter avec Emma, de me serrer contre elle, de lui murmurer "je t'aime" dans un souffle, de l'entendre me sussurer en retour "je t'aime aussi".
Je veux effacer cette p'tain d'image qui m'obsède depuis des semaines : lorsque la porte de son immeuble se referme lourdement sur ses derniers mots "on n'est pas dans un film Zoé, on est
pas dans un film" et bang, bruit de la porte ; effacer la damnation de la Saint Valentin.
Je veux sentir le corps d'Emma s'enrouler sur ma hanche, se tendre et se détendre en haletant, la vivre me comprimant le plexus avec son muscle cardiaque. Je soutiens à nouveau son
regard. Je vois ses pupilles se dilater. Je trempe. Ne pas l'effrayer. Prendre le temps m'a dit Lanac. Je parle toujours avant de penser : "ok, on y va toutes les 4 et on verra bien qui est
en surpoids". Nous voilà à nous entasser dans le chti ascenceur.
La particularité d'un ascenceur est d'être un espace réduit à trois faces, la quatrième étant occupée par les portes coulissantes. Nous nous sommes donc disposées de façon éviter à que les jointures de nos articulations respectives n'entrechoquent quelque organe délicat. Etant la plus grande, je me suis trouvée reléguée au fond de la boîte, au côté d'Emma qui tentait tant bien que mal de s'adapter à l'angle fond plus côté. Zoé se glissa près d'elle tout en prenant appui sur mon épaule alors que Louise se faufilait en blaguant entre nous. J'ai senti son bras m'enlacer et sa main venir se poser doucement et sûrement dans le bas de mon dos.
Là je t'arrête. Je crois me souvenir que ton dos s'est bien décollé de la paroi au passage de cette main. J'ai senti ton buste sur moi. J'en pouvais plus. Toi tu fermais les yeux et Louise était lâchée contre toi. L'atmosphère était électrique, chargée de ions déchaînés, de lancer de phéromones ennivrées. J'ai sincèrement cru qu'on allait s'embrasser toutes les 4. Heureusement, il n'y a que 3 étages.
Le temps se déchire parfois en une infinité de particules transparentes et chatoyantes. Nous ne les voyons pas mais les décelons. Elles nous entraînent à la lisière du désir, infinitude de bulles de B.D., à la limite de la décence, aux frontières de la morale. Nos sens sont perceptiblement accordés les uns aux autres, encordés à l'assaut de l'expectative, enlacés dans la note finale du trompettiste. Un jazz au confin de l'écho urbain qui nous porte vers la résonnace de nos sens_sexes. Eclats métalliques de couleurs qui s'uppercutent violent au milieu de la salle de boxe, sous les huées de la foule déchaînée. Le décompte de l'arbitre : gagné par ko. Le gant levé qui dit
Qui dit je vous attends. Mais trop tard, hé oui ! 3ème étage ! rayon lingerie fine ! tout le monde descend.
Bruit des clés dans la serrure. La lumière du palier s'éteint. Affalement de corps en émoi dans les différentes assises : Louise et moi
dans le canapé, Zoé et Emma respectivement dans le vieux fauteuil de famille et par terre. Puis Zoé se lève et s'exclame "Qui veut quoi ?". Commande passée, elle enjoint Emma de venir
l'aider en cuisine, " Préparer un gâteau vite fait de fin de birthday". Emma me regarde, encore très troublée. Je me penche vers elle
"Tu resplendis à son contact". La dame brune prend la main qui lui est tendue et se laisse guider sans un mot jusqu'à la chambre.
Je reste seule avec Louise.
Ca y est, le 1er tour des élections est passé et celà se présente bien pour un 2ème tour sans risque d'une extrême droite maintenant dépourvue
de crédibilité, si tant est qu'elle n'en ai jamais eue. Notre honneur est sauf d'un point de vue international (j'étais aux Etats-Unis il y a 5 ans et l'effet Le Pen a jeté comme un courant
glacial sur l'aptitude des français à rester maîtres d'eux mêmes). Ne reste plus qu'à mettre le bon bulletin dans 15 jours. Elle est très agréable soit, elle a les yeux bleus re-soit et le
sourire est aussi rose que les baccharas sont rouges et même si pour nous, LGBT, rien n'est gagné, il fait bon sentir que des ouvertures d'esprit sont à l'ordre du jour.
Mais revenons à la soirée du samedi 14 lorsque Zoé et Emma nous ont rejoint.
Les filles sont arrivées au jazz club où Louise et moi écoutions un concert de très bonne facture. J'aime passer du temps avec Louise et je
sais la réciprocité. Notre instrument préféré est le violoncelle aussi la contrebasse et son archet font ils partie de ces instants d'écoute pure, presque arythmique. Je la regarde de
temps à autre et je vois ses yeux attentifs, sa bouche ferme, son menton à peine prononcé. Je me souviens de ces moments, il y a quatorze ans, quand elle me serrait la main en silence audible de
compassion, lorsqu'elle sentait ma douleur si foudroyante. Mais aie-je, moi, tenu compte de sa douleur à elle ? Je présume que non, trop chavirée par l'atrocité du départ de ma danseuse. Ce soir,
je la vois dans la pénombre de la salle, à l'ombre de cette dramatique histoire. Ce soir je ressens comme une certitude : notre histoire a un goût d'inachevé. J'ai mis brutalement un terme à tout
contact entre nous quand Charlie a infiniment souffert de ma tromperie. Pourtant Louise m'avait ouvert quelque aperçu artistique liant sa destinée de femme à sa profession de peintre, aperçu qui
m'avaient profondément touchée. C'est une femme engagée, cultivée, que rien ne détourne de son art.
Le saxo me ramène à l'orchestre quand Zoé se
précipite sur moi pour me coller un bruyant baiser sur la joue. Elle sait que j'ai horreur de ça aussi en profite t-elle systématiquement dès que j'ai la tête tournée. Je souris à Emma et
l'invite à prendre un siège puis je lui présente Louise qui semble surprise par la beauté de cette dernière. Je me penche à son oreille "Un parfait modèle n'est ce pas ?". Louise me sourit "Tu as
un regard de peintre. Elle est effectivement saisissante". Je lui avais brièvement raconté l'histoire de Zoé et Emma ainsi fut elle amusée de voir Zoé aussi gaie et vive malgrè les affres de leur
précédente rupture. Emma se montra avenante, souriante et sa conversation nous séduisit. Nous passâmes ainsi plus de deux heures à discuter, appréciant vivement ce qui semblait être l'ébauche
d'un nouveau groupe d'amies. Nous sommes sorties les dernières du club, marchant quelques mètres avant qu'Emma nous propose de nous déposer. J'ai senti Zoé se liquéfier et me suis promise de
contribuer à ce que son anniversaire perdure encore quelques heures avant que le quotidien de sa guichetière ne la rattrape trop vite. Notre soirée à quatre voix pouvait bien finir dans un
concert à l'unisson.