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Lanac Diame

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JEUX DE DAMES

Blog lesbien à tendance phéromonale



Un conseil : pour une lecture linéaire, remontez le temps, commencez par la page 1, 1er jour de blog puis page 2 article en bas de page etc... Maintenant vous faites comme vous voulez
..

Lundi 19 juin 2006 1 19 /06 /Juin /2006 22:30

Charlie nous a rejoint après son concert. C'est une belle femme mais quelque chose émane d'elle qui me tient en respect... Ce n'est pas apparenté à de la distance ou de la froideur, non, c'est autre chose. D'ailleurs, elle est à peine arrivée qu'elle me gratifie d'un souriant (denture impeccable) "bonsoir. Vous êtes Zoé je présume" dont le timbre de voix me semble très chaleureux.  Elle est puissante. Je ressens ce qu'écrivait Lanac : une grande liberté de pensée, une droiture. Dotée d'une cinquantaine bien assumée, dans les 1,70 m, couleur blonde, très très "femme" ; vêtue d'un léger pantalon en lin blanc, d'un très fin chemisier en soie qui laisse à suggérer un soutien-gorge en satin, blanc, le tout recouvert d'une longue tunique en lin, tout aussi blanc, me la rendent encore plus inabordable. Non pas que l'ensemble des femmes présentes soient moins voyantes mais Charlie dégage de la classe ! 
Elle embrasse Emilie avec tendresse et un sourire de satisfaction évident  : le concert a été bon ! Nous nous retrouvons toutes les trois autour d'un verre.  Afin de les laisser un peu seules, je décide d'aller prendre l'air. L'atmosphère est toujours électrique. La nuit avance. Les groupes s'enchaînent. Les vibrations se précipitent pour une lutte collective contre le temps qui aurait tendance à égrener trop vite son implacable tic-tac. Au moment ou je me lève arrivent les autres musiciennes du groupe de Charlie. Je m'éclipse à vive allure après avoir fait signe à Emilie que je revenais. Elle me répond par un clin d'oeil et un sourire. Entre nous, celà peut se traduire par "Roule. J'arrive".  
Au dehors la nuit est douce, étoilée. Printemps tardif mais signes précurseurs d'un bel été. De nombreux couples sont également sortIs. Le temps de rouler le joint, je m'attarde sur 3 filles enlacées sous un
auvent. Je me demande, si je vais chercher la caméra qu' Emilie a laissé dans sa voiture, je me demande si je pourrais faire des images de cette étrange soirée.
Emilie me rejoint : "Quelque chose de prévu demain ?" Je souris à la lumière du briquet qui allume le cône. "Pas spécialement". "Cool parce que je t'emmène à Bruges. On prend ma voiture jusqu'à Brussel midi et le train dans la foulée. On dormira chez Charlie". Je ne peux empêcher un semblant de grimace.
Je regarde la lune et pense à Lanac. Doucement, pour ne pas troubler la quiétude nocturne, je fais part à Emilie de ma gêne. "Ne t'inquiète pas. Tu veux connaître Lanac ? Alors fais moi confiance. Je voudrai que tu fasses un film sur elle. Pas très long mais qui la raconte. C'est pour son anniversaire. J'y pense depuis qu'elle a fait son infarct. Evidemment tu auras un contrat. Quant au fait que tu rencontres Charlie, dans la mesure ou je lui ai dit que ce soir tu es avec moi, il n'y a aucun problème". Ainsi est Emilie, directe !
 Nous fumons en silence, absorbées à regarder le groupe de trois se lâcher dans des caresses qui sortent largement du suggestif pour devenir plus certaines, plus dirigées vers le plaisir. Nous cherchons s'il y deux plus une quand nous voyons l'une d'elles être fermement maintenue au milieu du couple. Clair de Lune
Nous comprenons qu'il y a deux femmes unies dans un même plaisir lorsque leur mains se rejoignent au dessus de celle qui est au milieu. Les bras se lèvent et les doigts se croisent. Je vois les jointures blanchir sous l'éclat d'un clair de
 lune qui semble s'être invitée à la fête.
Puis, ensemble, elle dénudent l'objet de leur jouissance. D'abord déboutonner la chemise. Le temps n'a plus d'emprise aussi prennent elles leur temps, tout leur temps...
Les corps se mettent à tanguer avant d'exploser dans le même rythme, écho lointain de la musique assourdie. Elles sont bien deux plus une mais dans l'instant, elles sont trois. Elles dessèrent leur étreinte. La fille au milieu s'loignent pour se rhabiller. Alors elles sont deux. Elles se regardent, se sourient. Se parlent. Se serrent l'une contre l'autre en cimentant leur amour d'un long baiser. Je suis sûre qu'elle s'embrassent par amour. Je vois l'une d'elle être secouée par une vague de plaisir. Je repense au texte de Lanac "Baiser" et je me dis que si ce texte devait être le scénar d'un court-métrage, alors je réaliserai ce que j'ai sous les yeux. "S'embrasser et jouir".

Je me suis levée très troublée avec cette sensation si spécifique en bas du ventre. Ne pouvant rester dans cet état, j'ai dit à  Emilie "Allez, vas pour Bruges mais maintenant".

Je n'oublierai jamais cette soirée. J'en ferais un film et un film respectueux. Parce que voyez vous, ce qui s'est probablement joué le plus dans ces quelques heures, tient du respect. Bien sûr il y avait des frôlements, des contacts qui s'établissaient sur une musique qui invite à se libérer du poids des regards extérieurs, se libérer de cette amputation de la visibilité amoureuse dans la vie sociale... Mais comme le veut le jazz, il y a eu avant tout un espace de paroles dans lequel des rencontres ont pu avoir lieu. Des femmes se reverront, d'autres pas. Une musique qui invite à se mouvoir même si l'on ne sait pas bouger.
Toutefois la scène de ces trois filles est tout à fait exceptionnelle. Quoique...
En attendant j'ai un autre film à écrire et je ne peux pas le faire sans l'accord de Lanac. Mais si elle est d'accord, je peux gagner du temps en rencontrant Charlie. Et je préfère rencontrer Charlie avec Emilie. J'ai trop fumé !! Vas pour Bruges.

Par Lanac Diame - Publié dans : "Chapitre" 3
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Vendredi 16 juin 2006 5 16 /06 /Juin /2006 17:48

RESONANCE

Nous avons pris le même chemin, contourné les mêmes blocs de béton (je m'y perds toujours autant), entre-aperçu la même rousse, bref nous sommes arrivées. Il y a plus de monde. ll est déjà 1h du matin et la fête a commencé depuis plus de quatre heures. L'atmosphère est électrique, animée au rythme de la musique jazz qui nous gratifie d'un brillant "Tempus Fugit" de Miles Davis. Les filles parlent à voix haute pour s'entendre, les rires fusent ça et là. Les regards sont insistants, appuyés, sur-entendus me dis-je en souriant. Des regards reflétés par les miroirs comme autant d'histoires qui se percutent sur fond de jazz chaloupé. Me revient cette phrase d'Oscar Wilde "La musique met l'âme en HARMONIE avec tout ce qui existe."
Je me reconnecte sur Emilie qui évolue avec une aisance stupéfiante. Elle s'arrête ici et là pour distribuer bises et compliments, sourires affectueux ou déférence à peine dissimulée.
Je finis par me frayer un chemin au milieu de ces corps abondemment lâchés au rythme du jazz. Le paroxysme semble être atteint avec le solo batterie... les poitrines reçoivent et renvoient en écho amplifié les percussions que transpercent les âmes ! Les mains sont entrelacées en d'étranges caresses qui n'ont comme autre objectif que de carrrrrrresser du bout des doigts, dans un temps suspendu en une infinité de secondes effleurées puis déflorées. 
Ce qui me marque vraiment, c'est la sensation, physique et intellectuelle, d'une légitimité à cette grande fête lascive et sensuelle. Ce n'est pas le sexe qui prime, ce n'est pas "gay", c'est profondémment lesbien.  Si la culture lesbienne est en devenir, une extrême poésie saphique impreigne l'atmosphère et semble être là depuis la nuit des temps, comme un éternel parfum perceptible par toutes, attirance sans mots dire ou au contraire à haute voix. J'écoute l'inaudible. Je suis immergée dans le sensible conjugué au féminin lesbien, le Désir extrêmement délicat, parfois secoué d'une vague en soubressaut d'un plaisir né ici ou là. Je suis au coeur d'une nuit de débauche poétique et onirique quasi surréaliste. Je visualise une série d'images, en différents plans, qui seraient reliées entre elles par les démultiplications qu'offrent les miroirs.

 Personnellement, je suis plus réceptive à la contrebasse. Or la contrebasse démarre au moment ou enfin, je rejoins Emilie au bar. Elle rit en me voyant. Moi je prends ça comme un voyage désorganisé...  Je pose une demi-fesse sur une moitié de tabouret. Je regarde, je contemple. La musique commence à m'envahir physiquement, rafales d'aigus et de grave, de blanches et de noires. Je suis chaque touche de chaque instrument. Résonance.
Je me laisse aller à la joie de vivre d'Emilie. Elle est radieuse. Elle m'explique que quatre nuits par an, dans des lieux différents, sont organisées des nuits de rencontres lesbiennes avec une thématique musicale. Les filles sont averties au dernier moment. Elles viennent d'un peu partout en Europe. Certaines feront des rencontres d'une nuit, d'autres, peut-être, des rencontres d'une vie. "C'est d'abord phéromonal.. musical. L'on perçoit au singulier tout en éprouvant une défragmentation."  écrivait Lanc à propos des rencontres qui seraient plus qu'improbables dans le contexte normalisé du quotidien.
Cette nuit, c'est le jazz. Plusieurs groupes féminin jouent en alternance. Charlie doit passer dans peu de temps.
Elle commence avec le solo qu'elle interprétait cet après-midi même. Le saxo emplit l'air. Les filles se stabilisent. L'écoute est réelle. Les corps se rapprochent deux par deux. Il y a unité. Je plonge dans les miroirs. Une atmosphère à la Cocteau vous disais je.

La suite très vite parce que je ne me suis couchée que 24h plus tard et ce sont 24h de folie. Et pardon pour une mise en ligne aussi tardive mais j'ai revu ma guichetière, me suis reposée et c'était bien.... Zoé.
Et puis, j'ai des mails pour Lanac, et il faut que je prenne le temps d'y répondre à l'encre sympatique:)

Par Lanac Diame - Publié dans : "Chapitre" 3
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Dimanche 11 juin 2006 7 11 /06 /Juin /2006 17:48

J'ai retrouvé Emilie sur le parking de l'hopital. Elle m'attendait près de sa voiture en fumant tranquillement une cigarette. Quand je suis à portée de voix elle me dit en souriant "ça te dirait d'aller écouter jouer Charlie ? Elle se produit ce soir aux entrepôts
- aux entrepôts ?
- lesbienne altitude. Après on va prendre un verre. Tu verras, elle est sympa
- que je la connaisse avant Lanac ? C'est dur non ?
- non ! Charlie existe aussi en dehors de Lanac. Elle est ! Je l'ai connu j'avais 15 ans, elle fait partie de ma vie
- oui mais je n'active pas son blog à elle, j'active celui de Lanac
- Lanac est au courant.
- et Via sera de la fête ?
- Je ne sais pas du tout. Allez viens dit-elle en riant, on va chez moi".

J'adore son appart. C'est un grand 3 pièces dans lequel le salon fait un arrondi avec une fenêtre sur la rue, quartier vraiment bourgeois, et l'autre fenêtre donne sur un parc très boisé. Brussel est une capitale étonnante de par son nombre d'hectares de parcs.
Chez Zoé, tout est blanc cassé et chocolat. Elle me dit en riant qu'elle a eu le coup de foudre pour les couleurs du restaurant dans lequel travaille Lanac et qu'elle a voulu la même ambiance chez elle. Moi je me dis qu'elle doit être pétée de fric pour refaire faire ses murs comme ça, par envie.
Nous nous entendons à merveille, de complicité immédiate en fous rires incontrôlés. J'ai l'impression, partagée, de l'avoir toujours connue, que l'on s'est quittées hier pour reprendre la même conversation aujourd'hui. Nous développons à vitesse grand V une complicité amicale et affectueuse. De fait j'en sais un peu plus sur Charlie et Lanac, Charlie et Via, car Charlie semble être la pierre angulaire de cette histoire. D'ailleurs, moi même, ne suis je pas là pour suivre, filmer Charlie, afin de comprendre et surtout mieux connaître Lanac ?
Alors au concert nous irons. A Lesbienne Altitude je vous invite pour un grand frisson de jazz, de femmes,  de frôlements, d'attouchements à peine évités, de désirs assumés.

Pendant qu'Emilie prend un bain je me plonge dans le blog fourre tout de Lanac et j'y découvre ce poème de Prévert qui me semble bien résumer la journée :

Sables mouvants

Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Et toi
Comme une algue doucement caressée par le vent
Dans les sables du lit tu remues en rêvant
Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Mais dans tes yeux entrouverts
Deux petites vagues sont restées
Démons et merveilles
Vents et marées
Deux petites vagues pour me noyer.

Par Lanac Diame - Publié dans : "Chapitre" 3
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Vendredi 9 juin 2006 5 09 /06 /Juin /2006 01:17

 

Lanac est sortie du coma. C'est une magnifique nouvelle. Je ne vous ai pas raconté au jour le jour parce qu'au jour le jour, par l'intermédiaire d'Emilie, je vivais ce formidable retour à la vie.
Je dis formidable, sous réserve de ce que Lanac, elle, en pense. Pour le moment personne n'en sait rien. Le centre du langage est dans ces cas là, le dernier à se "réarticuler". Pourtant elle aurait dû retrouver la parole. La version d'Emilie est que, outre le fait que Lanac souffre d'un dysfonctionnement du langage qui se manifeste lors de grandes fatigues, elle prendrait peut-être son temps pour communiquer par le sens qu'ont les mots. Une sorte de trêve avant de reprendre le chemin de la vie. Elle a eu chaud mais personne n'est à même de pouvoir dire avec certitude comment elle appréhende ce redémarrage de la machine. Le coeur a lâché, dans tous les sens du terme. Le coeur refonctionne. C'est mécanique. Mais comment va le choeur ? Chante t-il ce renouveau ou est-il dans une ultime Aria de Bach. Bach...
Charlie, son père, sa mère, Nachod, l'exil. Peut-être ce qui les a rapprochées. L'exil  forcé de Charlie qui par son mariage avec un Français, est partie de Nachod et l'exil de Lanac qui très jeune a compris que son homosexualité l'exilait déjà au ban de la normalité. Question d'époque. Lanac m'avait écrit qu'elle n'était pas née au bon moment. Si j'ai son accord, j'y reviendrai via ce blog. 
Je suis arrivée à pas de loup dans son réel. Emilie lui a fait part de sa démarche de me faire intervenir sur ce blog puis elle lui a redonné le sourire en lui racontant mon incursion à Lesbiennes Altitude. C'était 72 H après son réveil.

Aujourd'hui est une belle journée. La nature sent bon l'arrivée du printemps. Je marche dans les allées qui conduisent aux différents services de l'hopital. Je sors ma caméra pour filmer l'entrée du service pédiatrie. Il y a plein de nez rouges accrochés sur les murs. Des nez de clowns pour des enfants malades et pas uniquement. Je sais qu'au deuxième étage se trouve le service "fécondations assistées". J'ai retrouvé dans les articles que Lanac n'a pas mis en ligne, un écrit sur sa dernière tentative dans ce même service accompagné d'une photo de la table de travail. Sur l'appui tête elle a posé le livre qu'elle lisait. Une biographie de Duras. La photo est étrange. Une biographie sur une table de travail en gynécologie. Le début et la fin, dans un même cliché, d'une histoire avortée.

Je suis dans l'entrée de l'hopital quand me parviennent les notes d'une chanson de Billie Holiday que je ne connais que trop bien "Fine And Mellow". Je reconnais le solo de Mal Waldron with The All Stars. Lanac me l'avait envoyée un jour par mail en me faisant lui promettre que je ne l'écouterai que parfaitement détendue. J'ai attendu le bon moment ! Pfff, ça déménage en puissance, en émotion.  
Je tourne immédiatement les talons et me dirige vers la source.

"Fine and Mellow"

Charlie est là, assise sous un arbre, à la hauteur des genoux de Lanac, immobile dans sa chaise roulante. Pendant tout le solo de Charlie, elle a les yeux fermés. Une couverture la protège d'une légère brise estivale. Je la regarde intensément.... Je m'échappe du réel "Nuit magique, une histoire d'humour qui tourne à l'amour quand vient le jour...". Je sors ma caméra numérique et les filme. J'ai toujours une caméra avec moi, c'est mon arme favorite. Je filme dès que j'en ai l'occasion, dès que quelque chose se passe, dès qu'il y a dialogue. Et là c'est plus qu'un dialogue. La musique les rapproche dans une même communion. Charlie joue pour Lanac et Lanac écoute Charlie. Elles sont dans un dialogue musical. Elles sont trois avec la musique. Une plus Une qui font trois avec la musique.
Le saxo se tait. L'on perçoit alors le sifflotement d'un oiseau. Par son chant, il évite le silence qui aurait pu s'installer suite au solo de Charlie. Je panote lentement et m'aperçois que certaines chambres ont ouvert leur fenêtre. Un peu de vie. Un retour à la vie, la vie du dehors. 

 

 

Je ne leur est pas encore été présentée donc impossible de m'approcher. Mais je commence à percevoir quelle peut-être ma place dans cette histoire où les personnages bien que clairement identifiés, ont quelque chose de l'ordre du non-dit, du perceptible silence... Or le silence est rempli de sons n'est ce pas ? Le scénario est lisible d'hier à aujourd'hui mais est-il écrit pour demain ? Sommes nous dans l'improvisation à la Lelouche ou y a t-il une écriture même partiellement lisible ? Un conducteur en filigrane ! Toutefois, aujourd'hui est un jour écrit à la Eric Rohmer. Un état de grâce de l'instant. Lanac sourit à Charlie. Le rayon vert...

« Oisive jeunesse
À tout asservie;
Par délicatesse
J'ai perdu ma vie.
Ah! Que le temps vienne
Où les cœurs s' éprennent.
». Rimbaud

Je filme Charlie qui range son saxo, met l'étui sur les genoux de Lanac. Elle pousse ensuite lentement la chaise roulante en faisant bien attention à être au bord de l'allée, sous l'ombre des arbres. On entend plus bas le bruit des voitures. Un bus démarre. J'appuie sur stop après que Lanac ait relevé la tête puis se soit fixée dans un long regard souriant sur Charlie. J'ai zoomé sur ce regard puis j'ai fait stop. L'émotion que je ressens à cet instant est trop forte.

Par Lanac Diame - Publié dans : "Chapitre" 3
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Samedi 27 mai 2006 6 27 /05 /Mai /2006 19:51
ECHO   
Tu me manques
Elle a écrit, j'ai trouvé ceci planqué dans ces nombreux articles, elle écrivait :
Ma Charlie,

Comment puis je écrire "ma" moi qui suis si convaincue que l'on appartient jamais totalement à l'autre, qu'une relation, quel qu'en soit l'objet, est constituée d'un-e plus un-e, qu'il n'y a pas d'appartenance.
Et pourtant "Ma" Charlie, j'ai voulu devant toi t'exprimer, ce qui loin de moi aurait été si je ne t'avais rencontrée.  Or j'ai choisi la lumière de ton coeur. J'ai marché dans la cité, pendant des nuits sans m'arrêter. Me suis demandée ce qui était bien pour toi pour moi et les tiens. Mais je n'ai pas longuement hésité, sur le choix qui me portait vers toi. J'ai senti des élans des balbutiements et des emballements. J'ai senti mon corps frémir s'endormir et puis rire. J'ai lové ton corps dans mon coeur pour que plus jamais tu n'aies peur. J'ai cherché à m'améliorer pour que nos vies dialoguent pour de vrai. Tu as cherché à t'extérioriser pour que ta vie s'exprime dans le vrai. C'est comme dans les dédales d'une ville avec ses méandres puérils. Tu prends une rue et puis une autre, Venise et ses canaux, Llanca et tu te vautres. Je cherche ce qui n'est plus dans les dédales de ma cité, mais dans ton coeur je ne suis plus que cendres incendiées puis fumée. Je t'aime Charlie et tu me manques.
J'écoute ta musique qui ne me lâche pas, tes lèvres s'articulent dans un ultime "faut pas !".  12 années de vie commune et 15 ans d'amour valent bien mieux que nos faux pas. Je t'aime tant. M'aimes tu comme avant ? Non bien sûr ! D'ailleurs tu ne m'aimes plus. Et moi je t'aime. Dans les rues de ma cité qui sont pas bien éclairées, on pleure Brel et "quand on a que l'amour...Alors sans avoir rien que la force d'aimer...". Ça slam dans ma cité. Les circonvolutions de mes deux hémisphères vont tout droit vers toi, te cherchent et ne te trouvent pas, dans  les rues  de ma cité. 
Je slam sur ton corps que je ne vois pas, qui par une autre est dénudé, caressé puis subjugué. Tu te complais dans une jouissance sans complaisance, impatiente de ce que la vie te doit. Mais la vie ne doit rien ! elle est là, l'ingrate, à exiger des devoirs sans plaisir, des trottoirs sans filles, sans mecs, des trottoirs propres et nets... contrairement à ma folie
Je dégueule du manque de toi chaque jour qui passe. Le manque est si fort qu'il en devient  plus qu'insupportable, il en devient improbable. Mais si je te dis camée de toi, tu me dis tires toi alors je me tais, persuadée que peu est toujours mieux que rien.  

Que fais tu là tout de suite à l'instant ? P
as de réponse. Via, vous baisez ??? Sous le ciel de ma cité c'est normal ! On y croit, on se sent un peu animal . La cave est toujours propre quand c'est la 1ère fois.
Charlie, j'ai slamé notre folie avant d'avaler les médocs qui sont jolis.  Bleus, roses, blancs...  de quoi faire une nouvelle nuit. Je t'aime ma Charlie et tu me manques. Je m'enroule dans notre lit  et m'en fais ma planque. Je rêve que je cours dans ma cité, que je cours après toi sans m'arrêter. Et je te rattrape et nous nageons ensemble, en apnée, à la chasse aux futurs encornets.  Nous nageons ma Charlie, comme avant. Toi, moi, les enfants, les petits enfants... quand on nageait ensemble Ma Charlie... nageait ensemble. Lanac.  
 
Par Lanac Diame - Publié dans : "Chapitre" 3
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