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Mercredi 16 avril 2008 3 16 /04 /Avr /2008 14:20

Il faut que je vous raconte une situation hallucinante : avez vous déjà vu un parrain de la mafia ? Et bien moi ça y est, c'est fait ! un vrai de vrai avec ses gardes du corps et tout itou.
Vendredi soir, Fred et moi avions envie de nous faire un petit restau, rien de prétencieux, juste un tête à tête dans un rapport qualité prix très acceptable. Nous allons à notre cantine, petit bar à vin avec serveuse extra qui nous fait systématiquement la bise quand on arrive mais qui me vouvoie depuis 1 ans déjà, depuis que j'ai découvert ce lieu avec l'amie Lanac. Or donc elle nous installe à notre table, change illico la musique ambiante pour nous mettre notre jazz préféré, s'enquiert dans un sourire de savoir si on prend l'apérot enfin bref, fait son boulot avec plaisir. Moi je suis dos au bar donc dans un premier temps, Fred me commente les clients qui ont l'air d'être les mecs et nanas qui se prennent un verre après le boulot, en bon vendredi soir qui se respecte. Vous avez remarqué vous aussi ? Le vendredi soir c'est pot fraternel pour digérer les tensions de la semaine, les envies de baffes qui se sont perdues dans le néant des respectabilités, le besoin irrépressible de faire bouillir la secrétaire (nommée pudiquement assistante) qui vous a passé le dossier que vous ne vouliez plus voir sur ordre du grand patron, enfin bon, tout ce qui fait une semaine de traîne culs du tertiare.
Au bar, 1 homme 1 femme, 1 homme 1 femme, 4 hommes.


Le 1er couple est à pleurer de bêtise. Elle tout d'abord, sans âge, entendez par là qu'elle peut avoir entre 40 et 50, peut être même moins, mais ce qu'elle transpire, c'est une très grande solitude. Je l'imagine divorcée, paumée, qui accepterait n'importe quoi pourvu qu'on la regarde un peu. Avec elle, un con, mais un con vous ne pouvez pas imaginer, le représentant dans toute sa beaufitude et sa suffisance. Il parle trop fort dans son costume tout fripé par les kms au volant de sa tire, il lui touche le bras, il mate ses jambes qu'elle a croisé sans vraiment provoquer, simplement ils sont assis à des tabourets de bar et elle croise les jambes ce qui lui remonte la jupe au dessus du genoux. Il est gras, vulgaire dans ses manières d'être, personnage lubrique et graveleux. Mais voilà, il s'interresse à elle et elle laisse faire. Il ira même jusqu'à téléphoner à son fils en lui disant (non en hurlant que tout le monde entende) "Viens, je veux te présenter une charmante jeune femme... On est où ici ?" Elle se penche sur le portable et dit au fiston "vous avez un papa adoprable" avant qu'il ne surenchérisse "Je vais vous présenter le gosse le plus mignon que vous ayez vu". Nous partirons avant de voir la tronche de la belle gueule mais saisies d'un doute : et si le gamin soufflait cosette au ternardier père ? Nous n'en sauront pas plus mais c'était vraiment éprouvant.

Le 2ème couple, rien à dire. Collègues qui laissent le temps filer avant de renter tard, légèrement ivres, chacun chez soî, en éspèrant que le lundi arrive le plus vite possible.

Au bout du bar, les 4 hommes. Il a dans les 70 ans, cheveux blancs, sapes qu'on repère au premier coup d'oeil d'une qualité rare, 1,70 m à tout casser, silencieux, le regard froid, entouré de deux cerbères chauves, en costard aussi, qui tressaillent à chaque fois que la porte d'entrée s'ouvre. Ils sont de Marseille (je repère immédiatement la ville à l'assent) et visiblement méfiants méfiants méfiants. Ils se sont collés au bar mais tout au fond, gênant systématiquement le passage de la serveuse quant elle veut aller en cuisine. Il est évident que s'il devait y avoir fusillade ce soir là, il faudrait d'abord tous nous canarder avant de les effleurer eux qui auraient le temps de fuir par la porte de derrière. Et le 4ème larron, que tous les 3 écoutent dans une profonde indifférence ! Le 4ème ne peut qu'attirer leur attention en racontant comment ils ne peux pas se faire baiser par les flics puisqu'il connaît le commissaire truc muche, qui connaît lui-même le juge machin etc etc. Il est à pleurer ce pauvre mec. Dans le regard du vieux est inscrit en lettres rouge sang "retourne jouer dans ton bac à sable ducon, tu m'emmerdes". On sent qu'il va faire un geste et que le 4ème pourrait bien se retrouver avec une balle entre les deux yeux pour un silence définitif. Nous ne verrons pas la fin, parties trop tôt mais sans regret aucun.

Voilà comment nous avons vu un vrai parrain, un dur de dur qui je vous promets, était glaçant. Fred était limite colère, me disant qu'elle ne supportait pas ces mecs horribles, ces truands qui vivent du commerce de la drogue et/ou de la prostitution et/ou... Il a fallu que je la calme mais elle a eu un nouveau coup de nerfs quant elle a compris que je regardais non sans une certaine fascination. Ne vous méprenez pas, je suis d'accord avec elle mais là c'était mieux que dans le parrain, c'était hallucinant. Je voyais déjà le vieux tendre sa main au pauvre type en face en lui disant "embrrrrrasse l'anneau" et l'autre le faire dans une déférence sans pareil. C'était mieux qu'au cinéma, Scorsese n'avait qu'à bien se tenir, la réalité dépassait la fiction. Et dire que 2 jours plus tard j'avais 1 an de plus, que j'ai p't'être bien échappé à une balle perdue, que nous avons eu la chance que le regard du vieux ne fasse que nous effleurer, bref, j'ai pas sorti la caméra mais j'ai encore des regrets. Quoique.....

Allez, une dédicace spéciale pour toi Glory, si j'ai bien compris ton commentaire :) Quand les images rattrapent les mots...


 

"Feeling Love" Paula Cole

Par Zoé - Publié dans : An 2008_ Chap. 2
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