Heure du décès : 22h00 Cause : s'est étouffée en mangeant. A souffert ? Non, c'est très rapide Enterrement
ou incinération ? Incinération Prenez votre temps, vous pouvez rester autant que vous le voulez Merci
Treize ans de tendresse donnée sans compter, sans regarder ! J'avais vu l'annonce : à donner femelle labrador. Je suis allée te chercher au fin fond de la cité, empilement de cages
à lapin. Tu logeais juste à côté du "garage", nom délicieux qui nommait l'endroit de deal, une overdose par semaine. Je suis entrée chez de pauvres gens, tes troisièmes maîtres alors que tu
n'avais pas encore six semaines. Ils posaient chacun leur tour des jours de congés pour te garder "Mais vous comprenez, on peut pas faire ça longtemps ! Alors vous la prenez ?" Bien sûr que je te
prenais, petite boule de poils toute noire. Je t'ai posée sur le siège passager puis je t'ai dit "Allez, toi et moi, il y en a pour quinze ans, tu verras, tu vas être bien". Tu m'as regardée avec
tes deux billes noires et je suis sûre que tu as souri. Il fallait te donner un nom, j'ai choisi le nom d'un très beau moment vécu avec Charlie. Mais depuis quelques années je te nommais "ma
Toune". Pourquoi je ne sais pas, peut-être parce que ma toune était réservé aux moments calins, aux moments où ma main se perdait dans ton pelage, s'enfouissait dans ton encolure poilue.
Poilue... Ca c'est une des autres surprises que tu me réservais : quand tu as commencé à grandir, tu as développé un pelage qui n'avait rien du labrador, un pelage fourni ; tu restais noire
mais des poils beige foncés puis clairs venaient essaimer ta fourrure. Ton museau s'est allongé, ta queue était assez bizarre. Le verdict est tombé : labrador croisé épagneul. Tu t'es
révélée être belle, tu étais ma toune, ma belle toune.
Tu avais tout du chien de chasse, toutes les postures dès que tu voyais un pigeon : position d'arrêt, une patte avant relevée, puis tu te couchais dans l'herbe, tu rampais et tout à coup tu
bondissais. Combien de fois aie-je hurlé pour que tu lâches le pauvre volatile proche de l'apoplexie. Tu faisais la joie des badeaus, et je dois dire que j'éprouvais une certaine fierté lorsque
tu revenais vers moi en remuant de la queue. Mais malgrè de nombreuses demandes, jamais je ne t'ai laissé partir quelques heures avec un chasseur. Sans doute aie-je eu tord mais ne m'en veux pas,
j'ai des convictions qui peuvent friser le défaut.
Tu avais le don de me mettre en boule quand tu mangeais tout ce que tu trouvais, tiens jusqu'à cette gamine qui avait quoi, quatre ans ? Tu t'es plantée devant elle et hop, d'un coup de langue tu
avais avalé la boule de glace. La mère et sa fille se sont figées d'effroi : je devais te mettre une raclée, tu m'avais fait trop peur, peur qu'un jour tu ne confondes la bouille d'un enfant
avec la boule vanille. J'ai eu peur mais aujourd'hui encore celà me fait rire. Nom d'un chien que tu étais voleuse, tout ce qui se mangeait se retrouvait dans ton estomac. Pizza, quiches,
poulets, rien ne pouvait rester sur une table. Et la poubelle, combien de fois la poubelle a t-elle eu envie de faire un tour de la cuisine au salon, d'égailler les lieux avec nombre de détritus
savamment cachés ou exposés ici et là ! Ma toune, dans ces moments là tu me pourrissais la vie.
Mais la vie tu me l'a apprise aussi. Tu m'as appris que quand je te mettais en laisse, j'étais moi aussi attachée. Alors que tu tirais comme une malade, et que je tirais de mon côté, tu t'es
posée un jour et tu as attendu. Tu as attendu que je te détache et tu t'es mise à marcher à côté de moi et plus jamais il ne fut question de laisse entre nous. Tu adorais que je prenne le temps
de t'apprendre quelques mots clé : pas bouger, je reviens, saute et d'autres, quelques autres qui faisaient notre communication verbale. Nous communiquions également par le regard et ces moments
me semblaient relever de la pure magie. Nous nous comprenions très bien mais que tu étais têtue, incroyablement têtue. Et puis avec l'âge, tu t'es assouplie, tu es devenue une toune toute
ronde, toute belle. Quand j'en ai eu besoin, tu m'as tenue la patte, tu m'as léchée mes larmes, tu m'as protégée d'individus louches, les inconnus comme un ou deux connus. Tu m'as
accompagnée dans ma longue traversée du désert jusqu'à déprimer toi aussi. Tu écoutais tout le temps nécessaire mes lithanies, la tête légèrement penchée, l'écoute active. Tu t'endormais
près de moi, je laissais ma main sur ta tête et tu t'endormais mais toujours à l'aguet, toujours si prévenante.
Tu es partie ma toune. Aujourd'hui, je suis très triste, j'ai du chagrin et je ne suis pas la seule, tu le sais. Toutefois je suis contente que tu n'aies pas eu le temps de te faire
bouffer par le cancer qui c'était déclaré. Tu lui as fait la nique, ultime pied de nez de toune. Tu es partie loyalement, comme tu as vécu. S'il y a un paradis des chiens, je suis sûre que tu as
déjà de nouveaux copains. Je t'aime ma grosse toune, quelques larmes qui s'écrasent sur le clavier pour te dire que je t'aime