Ma grand-mère a été incinérée la semaine dernière. Elle souhaitait que ses cendres soient jetées à la mer ce dont nous
nous sommes acquittés avec beaucoup de chagrin.
C'est un étrange rituel que l'incinération. Il y a tout d'abord la mise en bière, le dernier regard porté sur une vie entière, une vie avec un début un milieu une fin. Les souvenirs
sont là, j'éprouve une forte émotion, toute en retenue, très intériorisée mais si palpable. Une caresse sur son visage et c'est ma fascination de gamine lorsqu'elle préparait à manger dans la
cuisine de son restaurant. Mes grands parents tenaient un bar-hôtel-restaurant. C'était entre le routier élaboré et l'auberge provinciale. C'était aussi le café du coin, avec ses
habitués, les rires hauts en couleur ou simplement avinés, les coups de gueule, le ménate qui trônait en bout de comptoir et qui ne cessait de répéter "la patronne est une conne" à la
grande joie des fidèles qui priaient leur dieu Jeannot (mon grand-père) pour que jamais celà ne s'arrête.
Me reviennent des bouts de vie, des bouts d'enfance.
Puis fermeture du cercueil qui est placé sur un tapis roulant. La grand boîte s'en va pour se muer en urne. Voilà il ne reste plus que des poussières de cendre, des cendres en
poussière. Une vie, une vie entière avec ses grands bonheurs, ces grands malheurs, qui ne pèse plus que quelques grammes. Je me dis que quelque chose ne va pas, elle s'est endormie pour
toujours et tout est résumé là, à cette petite boîte. Non décidemment quelque chose ne va pas.
On ne jette pas impunément les cendres à la mer. C'est en vedette officielle que nous sommes conduits vers un lieu déterminé, le cimetière des cendres aquatiques. L'urne est placée
dans un support puis s'enfonce dans les flots de la grande bleue. Un jet de roses souligne notre dernier au revoir. La vedette tourne doucement en ronds concentriques avant de rejoindre le
rivage. Ca y est, c'est fini.
Quel âge avait-elle ?
Ha, oui !
Ce ha oui claque comme un coup de fouet, avec une résonnance qui fait mal à l'âme. Qu'est ce que ça peut bien faire l'âge qu'elle avait. J'ai remarqué que cette question venait immédiatement
après l'annonce d'un décès. D'abord quel âge si vous annoncez qu'il s'agit des parents ou grands-parent, très vite enchaîné avec élégance par le fameux de quoi.
Quelle importance a l'âge du mort alors que vous êtes dans le moment ou une page se tourne, ou se ferme une porte de l'enfance.
Cette question est indécente, draîne un relent de vulgarité sociétale qui enterre d'abord et discute ensuite.
Puis j'ai retrouvé Louise et la vie est revenue. Je lui ai dit
tu m'as manquée
tu m'as manquée aussi. Viens
L'amour a fait place au chagrin.
Par Lanac Diame
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Publié dans : An 2008, c'est l'été
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