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Vendredi 16 juin 2006 5 16 /06 /Juin /2006 17:48

RESONANCE

Nous avons pris le même chemin, contourné les mêmes blocs de béton (je m'y perds toujours autant), entre-aperçu la même rousse, bref nous sommes arrivées. Il y a plus de monde. ll est déjà 1h du matin et la fête a commencé depuis plus de quatre heures. L'atmosphère est électrique, animée au rythme de la musique jazz qui nous gratifie d'un brillant "Tempus Fugit" de Miles Davis. Les filles parlent à voix haute pour s'entendre, les rires fusent ça et là. Les regards sont insistants, appuyés, sur-entendus me dis-je en souriant. Des regards reflétés par les miroirs comme autant d'histoires qui se percutent sur fond de jazz chaloupé. Me revient cette phrase d'Oscar Wilde "La musique met l'âme en HARMONIE avec tout ce qui existe."
Je me reconnecte sur Emilie qui évolue avec une aisance stupéfiante. Elle s'arrête ici et là pour distribuer bises et compliments, sourires affectueux ou déférence à peine dissimulée.
Je finis par me frayer un chemin au milieu de ces corps abondemment lâchés au rythme du jazz. Le paroxysme semble être atteint avec le solo batterie... les poitrines reçoivent et renvoient en écho amplifié les percussions que transpercent les âmes ! Les mains sont entrelacées en d'étranges caresses qui n'ont comme autre objectif que de carrrrrrresser du bout des doigts, dans un temps suspendu en une infinité de secondes effleurées puis déflorées. 
Ce qui me marque vraiment, c'est la sensation, physique et intellectuelle, d'une légitimité à cette grande fête lascive et sensuelle. Ce n'est pas le sexe qui prime, ce n'est pas "gay", c'est profondémment lesbien.  Si la culture lesbienne est en devenir, une extrême poésie saphique impreigne l'atmosphère et semble être là depuis la nuit des temps, comme un éternel parfum perceptible par toutes, attirance sans mots dire ou au contraire à haute voix. J'écoute l'inaudible. Je suis immergée dans le sensible conjugué au féminin lesbien, le Désir extrêmement délicat, parfois secoué d'une vague en soubressaut d'un plaisir né ici ou là. Je suis au coeur d'une nuit de débauche poétique et onirique quasi surréaliste. Je visualise une série d'images, en différents plans, qui seraient reliées entre elles par les démultiplications qu'offrent les miroirs.

 Personnellement, je suis plus réceptive à la contrebasse. Or la contrebasse démarre au moment ou enfin, je rejoins Emilie au bar. Elle rit en me voyant. Moi je prends ça comme un voyage désorganisé...  Je pose une demi-fesse sur une moitié de tabouret. Je regarde, je contemple. La musique commence à m'envahir physiquement, rafales d'aigus et de grave, de blanches et de noires. Je suis chaque touche de chaque instrument. Résonance.
Je me laisse aller à la joie de vivre d'Emilie. Elle est radieuse. Elle m'explique que quatre nuits par an, dans des lieux différents, sont organisées des nuits de rencontres lesbiennes avec une thématique musicale. Les filles sont averties au dernier moment. Elles viennent d'un peu partout en Europe. Certaines feront des rencontres d'une nuit, d'autres, peut-être, des rencontres d'une vie. "C'est d'abord phéromonal.. musical. L'on perçoit au singulier tout en éprouvant une défragmentation."  écrivait Lanc à propos des rencontres qui seraient plus qu'improbables dans le contexte normalisé du quotidien.
Cette nuit, c'est le jazz. Plusieurs groupes féminin jouent en alternance. Charlie doit passer dans peu de temps.
Elle commence avec le solo qu'elle interprétait cet après-midi même. Le saxo emplit l'air. Les filles se stabilisent. L'écoute est réelle. Les corps se rapprochent deux par deux. Il y a unité. Je plonge dans les miroirs. Une atmosphère à la Cocteau vous disais je.

La suite très vite parce que je ne me suis couchée que 24h plus tard et ce sont 24h de folie. Et pardon pour une mise en ligne aussi tardive mais j'ai revu ma guichetière, me suis reposée et c'était bien.... Zoé.
Et puis, j'ai des mails pour Lanac, et il faut que je prenne le temps d'y répondre à l'encre sympatique:)

Par Lanac Diame - Publié dans : "Chapitre" 3
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