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Jeudi 25 février 2010 4 25 /02 /Fév /2010 15:12

Zoé est bien triste, d'une tristesse que je comprends. Il s'agit de cette lourdeur insupportable, du corps qu'il faut traîner avec courage, de ce vague à l'âme incontrôlable. C'est le refrain lancinant de la mélodie écoutée à deux, des caresses qui naturellement en découlent, de l'amour avec comme fond musical le disque et toute sa puissance. La mémoire éveille les souvenirs, les ambiances.
L'écoute avec bien être vient plus tard, quand la tempête a cessé de projeter avec fureur les souvenirs les plus imbéciles les uns contre les autres. En attendant ce plus tard, ce moment où le disque sera écouté pour ce qu'il est, bon ou mauvais, il y a la tourmente. Zoé voit tout comme un paysage triste et désolé, la traversée d'un désert immuable parce que définitif.

Nous sommes allées au Père Lachaise. Ce lieu sous la pluie est encore plus saisissant. Quelques rares promeneurs parcourent les allées. Zoé me fait remarquer qu'il y a toujours des fleurs sur la tombe de Jim Morrsson. Nous fumons, elle ne dit rien, elle s'est simplement collée à moi. J'ai l'impression d'avoir à faire à un moineau tout mouillé qui n'aurait pas la force de secouer ses ailes.
La pluie nous pousse dans le colombarium où je salue Maria Callas. Rituel immuable. Jim puis Maria. Zoé est venue se blottir dans mes bras. Je ne bouge pas, ne pas rompre le lien. Etre là, simplement être là. Puis elle sort de cet espace de tendresse, s'ébroue enfin et me dit
- Actuellement je n'ai aucun moyen. Ni celui de ne pas me sentir au fond du trou, ni financier donc pas de départ. Emilie m'a suggéré de venir passer du temps à Bruxelles, le temps qu'Emma s'en aille mais je ne peux pas. Emma fait une fête à laquelle j'irai. J'ai l'impression d'avoir la bave aux lèvres et le regard du loup de Tex Avery.  P'tain Lananc, dis moi que ce n'est pas vrai. Je vais me réveiller. Elle sera là, elle est là; elle était là, pas loin, tout près
- Zoé, arrête
- Peux pas ! Ce n'est pas de l'amertume, de la colère ou même du chagrin. Je suis triste. Triste de la perdre
- Je sais ce dont tu parles. La perte d'un être cher. Savoir qu'il y aura un dernier regard, un dernier arrachement au moment de se dire au revoir. Se souhater d'aller bien. Je sais ce que tu vas vivre mais je sais aussi que le temps passe et qu'il apaise
- J'en ai rien à foutre du temps qui passe
- Ça ne m'étonne pas. Emma va faire sa vie, tu feras la tienne
- J'ai envie de chialer
- Ne pleure plus. Appelle là et vas la voir
- Tu crois ?
- Je crois que te voir dans une telle affliction avant son départ est mauvais signe pour la suite. Emma te propose une soirée, vas et reviens plus sereine. C'est bien de se dire au revoir à deux, en dehors d'une fête. Allez, on rentre.

Nous sommes rentrées sous un coin de ciel dégagé. Je sais ce que vit Zoé et je sais qu'il n'y a pas de mots. 

Par Lanac Diame - Publié dans : An 2010_Emma s'en va
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