Bruges ! Un B ou 2 B ?? version francophone ou néerlandaise ? Mais on s'en fout et cette Venise du Nord n'a eu de cesse de m'interpeller ! Nous y
étions bien et avions décidé de jouer les touristes : calèches, bâteaux, visite chez un brasseur avec dégustation (halalalala!!!), magasins de dentelle à tous les coins de rue, bref : un conseil,
allez à Bruges.
Comme je l'ai déjà écrit, j'avais découvert Bruges à l'aube lorsque nous sommes venues au début de l'été mais j'avais envie d'y filmer le soleil hivernal de ce week-end. Charlie m'a alors
proposé une ballade à 6h du matin le samedi. Défi relevé ! Nous sommes sorties pour une longue promenade le long des canaux, marchant doucement comme pour ne pas troubler le sommeil des
riverains. Nous parlions à voix basse. Elle me racontait des histoires simples alors que nous déambulions dans les nombreux espaces verts. Elle semblait sereine, chez elle.
Je pris ma caméra et fis un gros plan de ses yeux verts avant de ramener mon champ visuel en l'intégrant dans la nature propre et entretenue de l'espace environnant. Sans que je ne m'en rende
vraiment compte, elle m'avait conduite à Zeebruggeport, le port. Nous nous sommes installées dans un café qui venait tout juste d'ouvrir. Nous étions seules. Alors elle me dit qu'elle
et Lanac aimaient se rendre dans ce café, y voir les pêcheurs parler fort de leurs nuits
en mer. Je ne lui demandais rien et elle parlait, parfois en souriant, d'autre fois en se rembrunissant. J'avais posé ma caméra sur une table un peu plus loin. De fait, son regard en se posant
sur moi se posait au centre de l'image. Plus elle parlait et plus leur relation prenait forme, se matérialisait bien au delà des mots. J'avais une ébauche de structure que j'entendais comme le
long maillage d'une relation fusionnelle qui ne pouvait qu'aboutir à une impasse. Elles s'étaient réciproquement empêchées de respirer et cerise sur le gâteau, je n'aurai pas été loin de parier
que les motifs de rupture soient les mêmes. Elle a mis en équilibre cette histoire d'amour avec ses joies, ses surprises (Lanac est une femme qui sait faire des surprises) et le manque de
confiance dans l'autre (Lanac l'avait trompée une fois mais pour Charlie, c'était une fois de trop). Puis cette horrible souffrance quand Lanac est partie sans rien expliquer de concret, de réel.
Charlie qui l'aimait plus que tout mais sans nouvelles. Lanac aurait pu, aurait du être morte ! mais elle vivait ou survivait quelque part, enfouie dans ses mensonges sur la vie, dans ces
illusions poétiques et "utopiques" (je cite) d'un monde meilleur.
Après la violence de la souffrance vint ensuite le temps du repos, la rencontre avec Via, la possibilité de se sentir à nouveau en vie, respirer l'air du large, du grand large. Je n'ai pas posé
de questions, aucune. J'ai simplement filmé cette femme si forte et si fragile à la fois ; J'ai capté la fulgurance de la souffrance puis le repos inaltérable de la confiance ; J'ai compris ce
qui m'attirait dans Lanac : cette impossibilité à grandir, ce sentiment d'une enfant-femme que les adultes avaient condamné, bien jeune, à éspérer, encore et toujours, que le monde des rêves soit
le monde réel ! Elle n'avait pas beaucoup de chance de sortir de cette chasse à courre dans lesquels elle était à la fois le chasseur et le gibier.
Enfin nous sommes rentrées. Je me suis sentie plus proche de Charlie qui se laissa aller à quelques morceaux de saxo bien venus (instrument dont j'appris qu'il avait été homologué par Adolphe
SAX, belge, au milieu du 19ème siècle. Décidemment ces belges... me plaisent bien). Via était souriante, petite femme boute en train toujours à proposer. Emilie ne décrocha pas une seconde le
sourire qu'elle avait accroché aux oreilles et moi je jouais de la caméra comme on joue du piano, légèrement.
A très vite. Zoé
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J'ai pris Lanac par la main et nous sommes parties nous saoûler ! Pas bien me direz vous !! Mais bon sang, sur une soirée, je vous promets que ça ne fait pas trop de dégâts. Lanac s'est mise KO à coups de Kir et moi de picon-bière. Nous regardions passer les gens, commentant cette approche systématique du regard des autres sur deux folles dingue, moi écroulée de rire et elle se laissant aller à sourire. Je sentais son esprit se dégager de ses tourments intérieurs, s'ouvrir à la déconnade. Nous regardions passer les anonymes et chaque fois que quelqu'un entrait dans le bar, nous commandions un verre. Heureusement il n'y a pas eu trop de monde.