Hier soir Zoé et moi nous sommes embrassées. Jamais ce n'était arrivé, jamais ! mais hier soir, alors que nous
avions inventé le jeu débile du words& water qui consiste lorsque vous perdez le fil d'un texte inventé par toute une bande de filles déchaînée, à vous déshabiller à chaque mot oublié et
une fois que vous êtes totalement nue à vous mettre à l'eau, hier soir c'est arrivé.
Nous avions passé une journée extraordinaire. Le défilé de la gay pride était très réussi, très festif. Il y avait à vue de nez environ trois mille personnes, sans doute plus, Les manifestants se
saluaient avec joie et bonne humeur, Louise connaît pas mal de monde et souvent étions interpellées à droite et à gauche. Zoé était avec Fred sur le char qui diffusait la musique la plus techno,
Emilie était assignée aux photos, l'ambiance était particulièrement bonne. La population nous regardait passer avec des sourires bienveillants ce ce qui n'était pas sans apporter une bouffée
supplémentaire de chaud au coeur.
Puis la soirée se poursuivait chez Louise. Nous avions dressé un buffet, les boissons ne manquaient pas, en fait rien ne manquait. La musique house qui permet de défouler tout ce qui
gravite autour du plexus nous a tenu jusqu'à 2h du matin, moment où certains ont jugé bon de ne pas en rajouter pour pouvoir aller coucher chez eux. Le moulin est grand mais nous étions
nombreux, trop nombreux pour servir de dortoir. A 3h30 nous n'étions plus qu'une dizaine dont Emilie, Zoé et Fred, Louise et moi. Emilie avait séduit sans aucune difficulté Nathalie, une
sculptrice amie de Louise, avec qui j'ai eu dans la soirée une discussion passionnante sur le travail de la matière. L'ambiance était beaucoup plus calme et la sympathie rythmait le groupe au gré
des blagues des unes et des regards enamourés des autres, dont moi avec Louise. Nous n'étions plus aux alcools forts, bières et verres de vins finissaient de nous emporter dans le plaisir
serein de Bacchus. Je ne sais plus qui à eu l'idée du words& water mais l'idée a été adoptée à l'unanimité. Fred a été la première à envoyer un début de phrase, puis
Nathalie qui devait reprendre ce début et lui inventer une suite et ainsi de suite. Zoé était la dernière du cercle, elle avait non seulement oublié la moitié de ce qui avait été construit
mais également le début. Elle nous refit un texte qui n'avait strictement rien à voir avec l'initial et avec les fou-rires environnants, commença à se déshabiller jusqu'à la tenue
d'Eve. La rivière est juste derrière le moulin, elle s'y est engagée avec courage, mais n'a pas tardé à hurler qu'elle était morte de froid. J'avais prévu un peignoir et je la réchauffais
alors que les autres étaient rentrées. Je lui ai proposé d'aller chercher ses vêtements mais elle m'a retenue par la manche et sans un mot sa bouche est venue se poser sur la mienne. Je ne
sais toujours pas pourquoi j'ai accédé à son désir, pourquoi cela est arrivé mais voilà, c'est arrivé. Ce fut un baiser très doux, Zoé embrasse particulièrement bien, long et bon, très bon.
Nous nous sommes souries
et c'est tout ! Nous en avons parlé en rentrant. C'était joyeux, amical et sans suite. Il y a des parenthèses dans la vie, ceci en est une. Nous sommes rentrées à Paris et avons passé la
journée ensemble. Un bon film finira ce week-end en beauté. Zoé est encore déchaînée.
La galère
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