Les Innomables, l'emmerdeuse new look
L'emmerdeuse.
Incontournable
L'appartement
de Val. Pour bien comprendre l'emmerdeuse (et vice versa)
Je suis sage de
Glory. Mojitos ?
Soex. Journal d'une
gougnotte
Catherine. D'une voix à l'autre...
Drôle de week-end, vraiment. Samedi matin, Lanac est venue (puis revenue !) me réveiller "Ma grand-mère vient de mourir. J'y vais. Tu
peux garder le chien de ma mère ?". T'imagine bien que je n'allais pas dire non. Je suis allée quelques fois chez Dame Mère et je dois dire que si elle n'était pas de la planète hétérox... A
65 ans passés, c'est une femme tout à fait séduisante qui refuse de vivre avec son amant, bien trop attachée à son indépendance, travaille toujours, est belle à se faire damner les
grenouilles de bénitier et je crois bien qu'elle le sait,
Je dois donc récupérer Lubia, deux kilos quatre cents
grammes, ça donne du poids à lire comme ça mais si je te dis 2,4 kgs, tu pouffes ? Si tu pouffes, je t'éclate à coup de description irraisonnée sur la race du caniche nain, blanc (qui meurt plus
vite que les autres, le couillon), qui comprend tout au 1/4 de tour et qui a un copain dans sa vie : le père jazz.
Jazz est un chien des pyrénées nain, énormément de poils partout mais on lui pardonne parce qu'il a un truc le jazz : il parle ! ne rigole pas, c'est vrai. La soeur de Lanac, humaine du 4
pattes cité ci-dessus, le prend dans ses bras, lui cause. Il répond à coup de grognements et de jappements avec la même intonation, dans des phrases canines qui semblent extrêmement structurées.
Et quand jazz n'est pas occupé à nous tenir la patte à grands coups de discours politico-socialo-qui prend l'eau canin, il dort. Or quand il dort, Lubia, 2,4 kgs, le monte et se branle
dessus. De temps en temps, il grogne un peu énervé mais tout compte fait, laisse faire. 2,4 kgs, penses- tu, à peine le poids d'une caresse un peu appuyée.
Au fait, je t'ai dit que lubia est une femelle ?
J'ai pris un café avec Lanac avant qu'elle ne parte mais il n'y avait rien à dire. Je l'ai vu triste, silencieuse, par instant lointaine. Elle est partie en disant "Tu fais attention à
Lubia hein ?". T'as pas confiance Lanac ?
Je récupère 2,4 kgs chez la voisine et retourne à ma voiture. Sur le coup, je n'ai pas fait attention mais quand il s'est mis à pleuvoir quelques gouttes, que j'ai actionné l'essuie-glace
et, et ? Hop, le papier vert à gauche, à droite, à gauche. A gauche bordel ! Je viens de rater ma rue, je n'ai plus qu'à me taper le tour du quartier. Je récupère le mot d'amour du
ministère de l'intérieur : 135 € !
Sur le coup je suis restée perplexe : il m'aime donc tant que ça le ministère ? C'est quasiment une demande en mariage ! Je ne sais pas trop quoi répondre "maths sup, maths spé, j'hésite".
Je pose 2,4 kgs à terre, oui elle est très bras la princesse, je la regarde : p'tain elle marche sur 3 pattes !! Tu y crois toi ? Un tel enchaînement d'emmerdes ne devait
démarrer qu'à partir de juillet d'après mon horoscope pour cet été ! Mais non, en fait je suis en train de visionner un 1er court métrage où il est question de sexe, d'éclate de drogues
et d'alcools, ou le mec s'explose les tympans dans un long hurlement inhumain avant de se métamorphoser en loup "Trillerlalaala la la thriller". Je vais me réveiller, sûr je
vais émerger de ce mauvais rêve.
Arrivée à ce niveau là, je n'avais plus qu'à encaisser. J'ai marché assez mécaniquement jusqu'à chez moi, les yeux rivés sur la patte scotchée bas du ventre qui, tu peux l'imaginer, n'est pas
très haut vu du sol. Elle boitait avec élégance et conséquemment, je me suis sentie investie d'une mission divine : l'emmener chez le véto. Hop piqûre, hop pansement, cette pomme
s'était arraché un ongle ! 90 €...
Par la suite, elle a fait sa crise de "Ma maîtresse est partie, je ne dis rien mais je n'en pense pas moins, poil au ". Elle s'est couchée contre la porte d'entrée, toute lovée sur
elle-même, le museau dans les papattes. Tu sais, 2,4 kgs de poils frisés version boule de neige qui fond sur elle-même, c'est un peu tristounet. Je la regarde, elle me regarde, nous nous
regardons, nous nous comprenons, Ok, la maison est à toi, ok t'es sur 3 pattes, ok t'as à manger et à boire. Donc tout va bien, je vais bosser.
Changement d'ambiance. C'est la fête de la musique et je dois faire la captation d'un concert d'une troupe brésilienne. Ça se passe sur les quais et sur les quais, il y a un groupe de mecs
et nanas très typés dans le melting pot antillais aux nattes qui frisent reggae, SDF femme 45 ans propose sa bière à bob marley qui l'envoie bouler en disant que ce n'est pas sa bière
"à lui", et il insiste le bougre. Un type plus âgé, la casquette à l'envers, les tatouages en évidence, la boucle d'oreille qui tire vers le bas, le pantalon et le gilet treillis qui n'ont
pas dû voir homo lave plus blanc depuis un moment, la bière 50 cl au bout du bras, ce type, c'est monsieur respect du reste de la bande. Ils sont une dizaine, plus les chiens. Je braque ma caméra
sur eux. Dans le viseur, je vois le bras tatoué me faire signe de venir. J'ai calé mon boulot avec le réalisateur, j'ai bien un quart d'heure à tuer.
Sempiternelle question :
Qu'est ce que tu filmes ?
Ton groupe, toi, les chiens
Tu veux boire un coup ?
Non merci
Si si, bois un coup
Non... vraiment, merci
... Tiens
Là visiblement je n'ai plus le choix : fumes et tais toi. Je tire 2 taffes sur le joint et manque de m'étouffer
Elle est bonne hein ?
urf urf urf
Direct de Hollande
urf urf urf ... p'tain mais qu'est ce que c'est ?
De la bombe ma cocotte
Arrive une fille super jolie qui dit bonjour à tout le monde, me fait la bise, et prend place en se servant de moi comme d'un pilier de bar. J'ai une vue plongeante sur son décolleté qu'elle
porte bas. Je suis à côté de Bob qui lui sort d'un coup
J'ai jamais vu tes seins
Elle se marre. Bin tu m'as jamais montré non plus
C'est parce qu'ils sont pas beaux ?
Y sont pas beaux mes seins ?
Elle se redresse vers moi et se tournant pour qu'il ne la voit pas, elle descend son tee shirt sous le fruit défendu
Alors il est pas beau ?
Elle a une magnifique poitrine, ferme, rebondie dans le soutien-gorge qui n'est là que pour faire beau. J'ai envie de toucher. Mentalement je me tape sur le bout des doigts
Je confirme, tu as de très beaux seins
Ce en quoi Bob se désape du bas et exhibe son caleçon rebondi.
Là je me dis qu'il est temps que j'aille voir ailleurs. Le concert na va pas tarder. Il faut que je me recentre.
Je suis raide
Je viens de voir une flambée de désir tactile partir en fumée.
J'ai assuré le concert mais sans savoir comment, au rythme de la samba avec quelques effets herbe-chanson Makeba. J'ai revu Bob dans la soirée. J'ai refumé. On s'est balladé un moment
en longeant la seine et puis on s'est quittés. Je suis rentrée tard, tôt, tard je sais plus.
Hier j'ai vu Karen. Je t'en parlerais peut-être plus tard. Pour le moment je continue à déguster. J'ai trottiné avec Lubia, moi sur 3 pattes et elle sur deux jambes (effet post-réveil version
pays-bas). Je la trouvais un peu triste, un peu patraque et puis ce matin le téléphone a sonné : le père Jazz est parti retrouver ses ancêtres dans la grande montagne des chiens bilingues.
Un dernier jappement pour nous dire que "c'est pas une vie de chien ça !", c'est dans la tête des humains ! Y a que ces boeufs sur 2 pattes pour dire des conneries pareilles.
2,4 kgs a l'air d'être au courant.
Un drôle de week-end, vraiment
Je suis calme
Je suis calme
Je suis calme
Ma grand-mère est morte ce matin
Ce soir j'ai vu un docu magnifiquement réalisé sur comment une résidence vendue en 1970 comme un havre de paix, devient la cité de la
Commanderie qui a viré au cauchemar social et humain. Les échecs des différents gouvernements de De Gaulle à Chirac sans omettre Mitterand, tout était passé au crible pour annoncer une cité
de non droits.
Au démarrage un clip vidéo sur un groupe de rappeurs chauds bouillants qui crèvent l'écran à grands coups, bin de rap, pur, dur, exigeant. Images des barres d'immeubles, pas bien hautes, 4-5
étages sur quelques rangées. Des immeubles délabrés que des promoteurs véreux ont laissé tomber avec un maximum de vices de fabrication et puis, de fil en aiguille, des populations de plus
en plus pauvres, de plus en plus désocialisées voire pas socialisées du tout. L'engrenage, les gamins en bas qui se construisent en bandes, en clans, en violence. Guerre de gangs, bastonnades,
morts. L'engrenage.
Sur tout ça veille la gardienne, ancienne infirmière en psy, qui les connaît bien les gamins, les gamins qui deviennent des ados qui font des conneries, graves, qui les conduisent en prison,
irrémédiablement. On ne sait pas pourquoi elle est passée de la psy à la cité, on s'en fout. Ce qui compte, c'est ce qu'elle est, gardienne en enfer, celle qui sait réparer les petites blessures
humaines, qui sait décanter les conflits, qui sait désamorcer l'accès de violence aveugle quand un habitant pète un câble. Une sacré femme "Ils ne m'ont jamais agressée moi, toujours respectée".
Elle n'a pas fait sciences po., s'exprime avec l'accent local qui mixte usure et tendresse, connaît tout le monde mais parle en n° de barre, n° d'appartement le C5, le B12. Elle promène un
regard désabusé sur l'échec d'une nation qui n'a pas su intégrer sa main d'oeuvre étrangère des années 60, une nation qui s'est royalement plantée !
A la fin du documentaire, tu apprends qu'elle est décédée en 2003, de la canicule. Comme les vieux, comme les pauvres, la chaleur l'a emportée au pays des bonnes âmes, les décomplexés
du diplôme, bien en phase avec notre société, une société toute bancale qui cherche son
chemin.
Tu vois, hier je te parlais de mes potes, mes gueules abimées par le rouleau compresseur du social, mes gentils félins à moi. Ce soir j'ai vu "Chronique de la
violence ordinaire", des loubs qui deviennent des adultes qui montent leur label, qui en veulent. Respect, pas pour avant, pas vraiment, mais pour l'aujourd'hui au jour du film. Et respect pour
cette femme, l'autre versant de la violence ordinaire. Quand l'humanité frappe à la porte !
Tiens, écoute ça
Louise est rentrée de son chantier hier aussi inutile de te dire que je n'ai pas beaucoup vu Lanac. Il y avait gros appétit de câlins dans l'air, ça
vibrait érotique et après que la porte de la chambre ne se soit refermée sur les deux donzelles, quelques murmures suivis de soupirs ont traversé les murs. Pour leur laisser l'appart, je
suis sortie en prenant soin de claquer la porte derrière moi histoire qu'elles se sentent tout à fait à l'aise.
Je suis allée voir mes copains, ceux de galère, de loose, de temps passé autour d'un verre dans le café, toujours le même, indéboulonnable. Ce qu'il
y a de bien, c'est que tu les retrouves quasiment à la même table, avec les mêmes vannes, la sempiternelle blague sur Assedics, CAF et RMI., trois caisses qui valent le détour si tu as la
chance de ne jamais y avoir mis les pieds.
La semaine dernière j'avais besoin d'un papier auprès de la CAF. Très sérieusement, le bouledogue de l'accueil m'a imposé d'aller chercher un papier auprès de la sécu. Ni une, ni deux, je
trottine jusqu'à la dite caisse. J'attends. Longtemps. Je fais ma demande, regard étonné, petite phrase lancinante "je vois pas là". Mon cerveau fait un tour sur lui-même. Hop là, je sens que je
suis le jouet d'un bras de fer entre administrations.Si tu ne t'aies jamais sentie un jouet de l'administration, dis toi que c'est comme d'avoir une crise d'hémorroïdes, les calmants en
moins. Ça y est, je suis bonne pour me re-fader la caf. Quand je suis arrivée, re-attente, re-bouledogue (et dire que sa voisine était une bien jolie-gentille personne, dieu n'existe
pas !) et re "c'est pas ce que je vous ai demandé !!".
Mes copains, ils ont fait comme moi, ils ont joué le jeu une fois ou deux, ils ont
même poussé l'effort jusqu'à signer tous les papiers que l'administration te fait signer pour ceci ou pour celà, ouaip, ils ont fait preuve de bonne volonté mais ça n'a pas suffit. Depuis ils se
retrouvent dans un troquet et tapent le demi comme d'autres tapent le carton.
Mais ils ont un truc mes copains, ils sont gentils, de vrais gentils. Avec leurs gueules un peu cassées, un peu bouzillées, ils se prennent pas pour Brando ou Delon, parfaite conscience
d'eux mêmes. Mais qu'on ne s'y trompe pas, ce ne sont pas non plus des SDF?. Ils ont un appart, ils s'hébergent les uns les autres au grè des galères du quotidien. Ils ont entre 25 et 35 ans,
fument et boivent beaucoup, pour passer le temps, juste que les journées s'effilochent avec leurs lots de sourires et d'embrouilles, d'éclats de rires et de crises d'angoisse. Et si l'un d'eux ou
d'elles se retrouvent dans une panade intenable, ils sont là, fidèles au poste, droit dans leurs chaussures. De vrais gentils je te dis, et les vrais gentils sont rares donc précieux.
Max a eu l'air franchement ravi de me voir. Il faut dire que la majorité du temps, lorsque nous nous retrouvons,
Fred est avec moi et les rapports ne sont pas les mêmes que l'on soit seule ou en couple. Max donc m'a fait
signe de le suivre. Je sors intriguée du café. Nous marchons quelques mètres
- Zoé, j'ai de quoi planer grave
- Sympa Max mais je touche plus depuis longtemps
- Pour toi c'est gratos
- ....
- Allez quoi,
- Max, si tu veux on se fait un pétard là direct mais je ne touche à rien d'autre. E finita la comedia Maxou et Fred ferait vraiment la gueule
- Ok ok ! Ch'uis content que tu ailles bien Zoé, ch'uis vraiment content. Allez viens, je te paie un coca
De vrais gentils, oui, malgré les apparences, malgré leurs situations, ce sont de vrais gens.
Allez, quelques images de Kama Sutra lesbien à reproduire avec l'indispensable filet de protection. Perso, avec Fred on a eu beau y mettre toute la bonne volonté du monde, on est encore loin du
compte ! A toi de jouer
The Gymnast 3/3
Lanac est une louve qui tourne en cage. Louise est partie une semaine sur un chantier et c'est la traversée du désert version rallye des gazelles.
Des trous que l'on appelle crises de manque et des bosses qui sont le "il faut que je m'occupe". Nous avons donc Lanac un peu à l'envers, Fred qui est crevée et moi qui gazouille cry me a river à
longueur de journée.
Tu n'es pas sans avoir remarqué qu'il n'y a rien de plus chiant que d'avoir une musique en tête et de ne pas pouvoir s'en débarrasser. Et tu n'es pas non plus sans avoir remarqué que les
musiques les plus connes apparaissent assez souvent lors de l'état amoureux qui est à son apogée quand tu l'embrasses pour la 1ère fois jusqu'au vertige ; quand tu l'effleures du bout des
doigts pour la 1ère fois et que tout ton être s'électrise jusqu'à rater une marche dans l'escalier ; quand tu fais l'amour avec elle pour la 1ère fois destination larmes
d'émotion non contrôlées, tout ça avec la belle qui te laisse sur le flanc de ton désir le plus ardent.
Et voilà t-il pas que le dernier tube le plus crétin qui chante "ma chérie je t'aime sur la plage à mourir", se voit décerné le titre de chanson la plus romantique du siècle, the love song
qui va sceller ton destin avec l'espoir que les paroles disent vrai, toi et elle c'est pour la vie. Perso, je suis même allée jusqu'au prêt des navets que je planquais sournoisement au fond de ma
cédéthèque mais qui m'avaient amoureusement été offerts quand je me laissais aller à siffloter la mélodie de The song n°1 au top 50 de la connerie commerciale, prêt qui signifiait "ma
chérie je t'aime sur la plage à mourir". C'est dire ! Le jour ou elle m'a rendu les cd, j'ai compris que c'était définitivement et irrémédiablement foutu. Comme j'étais gravement atteinte,
je me suis quelques fois repassée la chanson de la collection "je t'aime sur la plage à mourir", j'ai eu la vertigineuse sensation que le monde s'écroulait, que la soupe que j'entendais était la
vérité vraie "je t'aimais mon amour sur la plage à mourir".
Comme quoi la musique joue un rôle considérable. Quand j'ai dit tout ça, j'ai tout dit et tu te dis qu'en fait c'est parler pour ne rien dire mais mais mais pas si vite !! Tout
dépend du tube débile que tu fredonnes, tout dépend de la puissance des watts survoltés qui te bouffent les synapses, tout dépend surtout de ce qui en est fait à 2. Appuie sur lecture, lâche
l'affaire et concentre toi sur l'impact émotionnel de cette phrase musicale "je t'aime mon amour sur la plage à mourir".
Courage, le monde est plein de "sur la plage à mourir", de toutes les couleurs, dans toutes les langues. Une chanson dont tu ne connais peut-être pas le sens des paroles si tu ne parles pas la
langue mais qui t'offre l'espace d'un moment, la sensation que le monde t'appartient. La musique adoucit les moeurs mais pas n'importe quelle musique. La marseillaise n'est pas non plus la plus
romantique des déclarations d'amour, et pourtant, quand on n'y pense bien... En bref, ne fais pas ta fière, quand tu tombes amoureuse, quand tu aimes, quand tu auras aimé, tout reviendra le temps
d'une petite mélodie sournoisement planquée bien au fond de ta mémoire, là où tu l'avais rangé quand tu es passée à autre chose. Un peu garce la mélodie, mais tellement sur la plage à mourir.